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sam 20 Juin
Le galeriste Philippe Labaune nous prévient : « Il faut chercher, chercher le petit ‘pun’, la petite surprise, qui est toujours cachée dans les illustrations. » Car même si dans les œuvres du Français Guy Billout les couleurs sont tendres, un petit détail vient toujours faire basculer la scène dans l’absurde. Géométrie impeccable, héritière incontestable de la ligne claire, poésie du motif, à la manière d’un Jean-Michel Folon et narratif simple qui prend place dans de grands espaces et doit beaucoup à Hiroshige, le virtuose de l’estampe japonaise : les illustrations de Guy Billout respirent les références, la patience et le talent. Elles ont un incroyable effet apaisant. Ce n’est que dans un second temps qu’on en découvre la malice.
L’exposition « Quiet Catastrophe », qui se déroule jusqu’au samedi 20 juin à la galerie Philippe Labaune, est un régal. On y savoure donc, au travers de plus de cent originaux, la délicatesse du dessin du natif de la Nièvre : le trait simple et les grands aplats colorés travaillés avec subtilité à l’aérographe, sa spécialité. Puis, on se met en quête de « ce rebondissement, ce petit détail qui, selon l’artiste, modifie la réalité de l’image ». Le jeu commence. Dans la galerie chacun s’exclame quand il saisit ce petit truc qui fait clocher la belle image. Alors l’œuvre discrète de Guy Billout, surnommé par ses pairs « Le Buster Keaton de l’illustration », prend une dimension surréaliste, voire politique, inattendue. On comprend pourquoi il a derrière lui une carrière de presque 60 ans, avec des collaborations dans les meilleurs magazines américains, parmi lesquels The New Yorker, Time ou The New York Times.
L’aventure commence en 1969 quand le jeune Guy Billout, alors âgé de 28 ans, débarque à New York. Diplômé en design publicitaire à l’École des Arts Appliqués de Beaune, il présente rapidement quelques projets au graphiste incontournable de l’époque, Milton Glaser. Ce dernier tombe sous le charme de ses illustrations et les publie dans la foulée dans New York Magazine dont il est alors le directeur artistique. S’ensuivent mille sollicitations qui le font devenir l’un des illustrateurs les plus demandés de son temps. Il collabore particulièrement pendant des décennies, de 1982 à 2006, avec The Atlantic, l’un des plus anciens et des plus respectés magazines des États-Unis, qui lui donne carte blanche pour une page bimestrielle. Billout va se saisir de cette liberté éditoriale absolue, rare pour un artiste, et devenir l’une des voix du magazine, très engagé politiquement.
À cette célébrité s’ajoute une personnalité discrète et malicieuse. Celui qui vit aujourd’hui dans le Connecticut, se présente lui-même volontiers comme un « benêt ». Comme ses œuvres, il déjoue les préjugés mais échappe toujours un peu aux autres. Judy Garlan, la directrice artistique de The Atlantic avec laquelle Billout a collaboré étroitement a d’ailleurs déclaré à son sujet : « Guy vient d’une autre planète, il reste un mystère pour moi. »
Écrit par Olivia Deslandes