310 Genesee Street, Utica
mer 02 Fév de 10:00 AM à 05:00 PM
Auriez-vous pensé qu’une statue imaginée durant un dîner, par des Français, en 1865, puis envoyée, presque d’homme à homme, en hommage à la République américaine, puisse devenir l’un des plus puissants symboles des États-Unis ? L’exposition The Statue of Liberty from Bartholdi to Warhol, qui se ouvrira à l’automne 2027 au musée Munson d’Utica (État de New York) révèle les métamorphoses de ce colosse devenu omniprésent dans le paysage politique et visuel états-unien.
Dans sa série de dix épisodes consacrés à L’épopée de Lady Liberty (notre article), Philippe Collin nous raconte que la Statue de la Liberté a été pensée par le professeur du Collège de France Édouard de Laboulaye, dessinée par le sculpteur Frédéric Auguste Bartholdi et rendue techniquement invulnérable aux éléments par l’ingénieur Gustave Eiffel. Une triade de Français talentueux qui voulaient rendre hommage à une jeune République qui avait signé la fin de la guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage. Inaugurée en 1886, la Statue de la Liberté est devenue l’un des plus forts symboles des États-Unis. Au gré du temps, elle va porter les messages des uns, les idées des autres. De symbole de Liberté, elle va devenir le symbole de l’immigration jusqu’au début du XXe siècle puis, sorte de phare à l’horizon, elle sera une statue patriotique pendant les deux guerres mondiales.
Dans les années 60, les Démocrates en feront l’emblème de l’immigration. Associée à Ellis Island, elle personnifiera l’American Dream. Pour sa restauration, en 1986, Ronald Reagan la présente comme allégorie d’une Amérique renaissante. Depuis 2017, les politiques se déchirent à son sujet. En 2019, Ken Cuccinelli alors directeur par intérim alors directeur par intérim des services de l’immigration de l’administration Trump, proposait de réécrire un vers du poème d’Emma Lazarus, « The New Colossus » (1883), inscrit sur une plaque de bronze à l’intérieur du piédestal en 1903. La poétesse y appelle la Statue de la Liberté « Mère des Exilés », ce n’est pas du goût de l’administration Trump. En réaction, Raphael Glucksmann lançait en mars 2025, avec le souhait, dira-t-il de provoquer un électrochoc « Rendez-nous la statue de la Liberté »
La Statue ne nous sera pas rendue mais nous pourrons nous réjouir de l’influence qu’elle a eue sur la culture made in USA. Avec 100 œuvres et objets de plus de 70 artistes, l’exposition nous guide dans les métamorphoses iconographiques de la grande Dame américaine. Centrale dans l’exposition, Liberty Enlightening the World (1894-1901), est l’une des cinq réductions en bronze fondues du vivant de Bartholdi. Autour d’elle s’articulent quatre sections chronologiques : Les années de gestation et de réception du monument (1865-1917), où l’on peut voir des aquarelles, des esquisses, des photos du chantier, des extraits de presse… La seconde section, qui court de 1917 à 1960, manifeste la transformation du projet privé en monument national. Sa silhouette se déploie sur les illustrations, publicités, œuvres peintes. Lady Liberty fait même ses premiers pas au cinéma avec Alfred Hitchcock et Charlie Chaplin. Dans les années 1960, elle devient une icône. Le pop art en détourne l’aspect monumental. Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg entre autres s’approprient le motif. Enfin, la dernière section regroupe les artistes contemporains vivants qui se sont attaqués au monstre sacré.
« The Statue of Liberty from Bartholdi to Warhol », Munson, 310 Genesee Street, Utica. Du 10 septembre 2027 au 2 février 2028.
Écrit par Olivia Deslandes