Bienvenu Steinberg & C, 35 Walker St.
sam 03 Oct
Raphaël Denis travaille entre la France et la Belgique. Avec « Fates of Works », présenté par la galerie Bienvenu Steinberg & C de Tribeca, le diplômé des Arts déco de Paris expose pour la première fois aux États-Unis. Se définissant lui-même comme artiste-chercheur, il s’intéresse, depuis 2014, à la spoliation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
L’exposition se décline en deux temps. Le premier est dédié au marchand d’art Rosenberg, les installations matérialisent l’étendue des œuvres, plus de 4 000, passées par la galerie du collectionneur français devenu new-yorkais. Œuvres de Picasso, Degas, Matisse… dont au moins 162 ont été pillées par les nazis. Elles sont reproduites ici en noir et blanc sur un papier peint conçu par l’artiste, qui couvre un mur entier de la galerie. En écho à cette œuvre, d’autres installations, des tableaux retournés dont le dos est recouvert de peinture noire sur laquelle figurent les numéros d’inventaire nazis, manifestent l’organisation de la spoliation. La seconde partie de l’exposition explore la notion de censure et de destruction, à l’exemple d’une étagère de livres calcinée rendant hommage à Alfred Kantorowicz, qui a fondé la Bibliothèque allemande de la liberté à Paris dans le but de préserver les livres condamnés par le régime hitlérien.
Si l’œuvre de Raphaël Denis est d’une grande importance historique (grâce à ses investigations, un tableau attribué à Modigliani est en cours de restitution), elle est aussi d’une grande force plastique. À la manière d’un Christian Boltanski, dont il a repris l’usage de tonalités entre noir et blanc, il agence les formes et exalte les matières dans leurs plus ténébreuses expressions. Malgré la gravité du propos, et grâce à ces actes qui luttent contre l’oubli, c’est incroyablement beau.
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