À l’occasion du Mois des Fiertés, la San Francisco Public Library devient le théâtre d’un dialogue inédit le mardi 23 juin prochain. La documentariste et anthropologue française Norah Benarrosh Orsoni y partagera la scène avec une figure de proue de la culture underground américaine, Michelle Tea, pour explorer les racines lesbiennes et trans de la Bay Area.
Qu’est-ce qui lie la France des radios documentaires à l’effervescence militante du San Francisco des années 80 et 90 ? Pour Norah Benarrosh Orsoni, la réponse se trouve dans les archives et les récits de vie. Installée en résidence pour son projet « Généalogies lesbiennes transatlantiques », cette chercheuse et artiste française mène une enquête de fond sur l’histoire méconnue des communautés lesbiennes et queers locales.
Une chercheuse aux multiples casquettes
Née en 1985, Norah Benarrosh Orsoni n’est pas une anthropologue classique. Docteur de l’université Paris Ouest Nanterre et diplômée en création littéraire, elle navigue entre l’écriture, la performance et le son. Co-fondatrice de la revue féministe Panthère Première et habituée des ondes de France Culture (où elle a reçu le prix du meilleur documentaire indépendant au festival Longueur d’Ondes en 2020), elle place la transmission au cœur de sa démarche.
Sa question fétiche ? « De qui suis-je l’enfant queer ? ». Une interrogation qui l’a poussée à collecter plus de 80 heures d’enregistrements et à mener une trentaine d’entretiens avec celles et ceux qui ont fait l’histoire de la Bay Area.
Un dialogue intergénérationnel avec Michelle Tea
Pour cette soirée exceptionnelle, elle sera accompagnée de Michelle Tea, une véritable légende de la scène littéraire américaine. Connue pour son livre culte Valencia et fondatrice de projets majeurs comme le Drag Queen Story Hour, Michelle Tea incarne cette culture queer et féministe que Norah étudie.
Ensemble, elles retraceront la généalogie des communautés littéraires et des réseaux créatifs de San Francisco. La discussion ne sera pas uniquement orale : le public pourra découvrir une présentation rare d’images d’archives et d’extraits sonores issus des recherches de Norah, offrant un regard privilégié sur des documents souvent invisibles pour le grand public.
Au-delà de la rencontre entre deux parcours brillants, l’événement, organisé en partenariat avec la Villa Albertine, propose une réflexion sur la manière dont les mouvements militants des décennies passées continuent de nourrir les voix queers d’aujourd’hui. C’est aussi l’occasion de découvrir le travail de programmation de Norah, qui anime par ailleurs le cycle Ciné-Gouines, dédié aux films queers rares fabriqués à San Francisco.
Écrit par Hélène Labriet-Gross