Plusieurs lieux
jeu 03 Sep
La semaine s’ouvre au Film at Lincoln Center avec Bibliomania, une série de quinze films consacrée aux livres, aux archives et à la recherche — et deux films d’Alain Resnais y tiennent une place centrale. Toute la mémoire du monde (1956), court métrage tourné à la Bibliothèque nationale de France, est l’une des œuvres fondatrices du cinéma d’essai français : Resnais y filme l’institution de conservation humaine avec la même inquiétude formelle que dans Nuit et Brouillard, comme si l’accumulation des livres était une forme de résistance contre l’oubli et contre la mort. L’Amour à mort (1984) prolonge cette hantise : un homme revient d’entre les morts et ne sait plus très bien de quel côté il appartient. Entre les deux, Resnais a consacré sa vie à interroger la mémoire comme matière du cinéma, comme condition de l’amour, comme seule réponse possible à la disparition.
Le Metrograph propose cette semaine un programme d’un féminisme discret et profond, autour de trois cinéastes qui ont chacune inventé leur propre rapport au corps et à l’intime. Petite Maman de Céline Sciamma, conte sur le deuil et le temps d’une pureté formelle absolue. Nénette et Boni de Claire Denis, longtemps dans l’ombre de son œuvre, est peut-être son film le plus secret : Marseille, la fraternité, la sensualité, les Tindersticks. Et Grave de Julia Ducournau – Palme d’or 2021 pour Titane – fait un retour sur son premier long métrage, film d’horreur féministe d’une précision formelle stupéfiante sur l’éveil du désir et la violence de grandir. Dans ma peau de Marina de Van complète un quatuor de cinéastes françaises qui ont en commun de filmer le corps comme territoire politique, intime, dangereux.
Jean-Pierre Jeunet fait son entrée dans la programmation avec deux films dos à dos : Delicatessen et La Cité des enfants perdus, son premier et son deuxième long métrage réalisés avec Marc Caro. Ces deux films ont inventé un univers visuel complet et immédiatement reconnaissable : l’expressionnisme baroque, les couleurs sépia, les engrenages humains, la tendresse au bord du cauchemar. Les voir en séquence, c’est mesurer la cohérence et l’ambition d’une œuvre très singulière dans le registre du cinéma fantastique.
La joie de retrouver les grands réalisateurs du XXe siècle vient de deux films en 35mm : La Sirène du Mississipi de Truffaut, polar romantique et dévastateur avec Belmondo et Deneuve au sommet de leur grâce, et Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud dans sa première restauration 4K, le roman prétendument inadaptable d’Umberto Eco transformé en polar médiéval sombre et haletant, avec Sean Connery en frère détective et Michael Lonsdale en grand inquisiteur.
Liste des films et des cinémas ici : En salle du 28 août au 3 septembre : Les films français à voir à New York